A high aerial, top-down view of a shallow, turquoise ocean reveals a tiny snorkeler swimming amid a coral reef with dark, textured formations scattered across the lighter-toned sandy bottom.
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Présentation

La santé de l'océan est essentielle à toute vie sur Terre. Le phytoplancton, ces plantes microscopiques que l'on trouve dans les zones ensoleillées de l'océan, est à l’origine d’environ la moitié de l'oxygène produit sur Terre, et l'échange de chaleur, d'eau et d'énergie entre les eaux marines et l'atmosphère contribue à réguler le climat à l'échelle mondiale.1

Pourtant, la santé des océans se dégrade depuis des décennies en raison d'un nombre croissant de menaces, notamment la surpêche, la perte de biodiversité, la pollution et l'acidification des océans. Les recherches scientifiques montrent qu'il est essentiel de protéger davantage cette ressource vitale pour inverser la tendance.2

Ces dernières années, une reconnaissance accrue de la communauté internationale s'est imposée quant à l'importance de protéger les océans afin d'aider la vie marine et les habitats à se reconstituer et à s'épanouir, et pour bénéficier aux communautés qui dépendent de pêcheries saines. En 2022, après plus de quatre ans de négociations, 196 pays membres de la Convention sur la Diversité Biologique se sont mis d'accord sur le Cadre mondial pour la biodiversité, qui intègre l'objectif de protéger au moins 30 % des océans d'ici à 2030 (« 30 x 30 ») grâce à la mise en place d'aires marines protégées (AMP) et à d'autres mesures spatiales de conservation.3 Toutefois, les leaders de la conservation soulignent que la réalisation de cet objectif dépend de la qualité, et pas seulement de la quantité, des zones protégées. Pour que les AMP et les autres zones de conservation fonctionnent, elles doivent être gérées, contrôlées et appliquées de manière efficace.

Les AMP sont le principal outil de conservation des océans à grande échelle, mais elles font partie d'une stratégie plus vaste. L'efficacité des AMP est liée à la santé de l'océan dans son ensemble, et il est donc essentiel que les zones non protégées soient gérer de manière responsable. Voici les cinq avantages clés qu'offre une AMP bien conçue et bien gérée.

Protéger la biodiversité

Une AMP est une zone désignée et gérée pour assurer la conservation à long terme de la nature.4

En limitant la pêche et d'autres activités dommageables, les AMP bien conçues et bien gérées permettent aux populations d'espèces marines décimées de se reconstituer et protègent les espèces clés et les habitats vulnérables. Par exemple, la protection stratégique des zones de frai ou d'alevinage des espèces vulnérables est une méthode très efficace pour reconstituer les stocks de poissons et soutenir des pêcheries résilientes.5

Une étude récente portant sur les 100 plus grandes AMP montre que même les zones peu protégées qui autorisent les activités dommageables présentent un certain intérêt pour la conservation, bien que ces avantages soient limités et peu susceptibles d'empêcher le déclin continu des espèces et des habitats.6 Et bien sûr, lorsque les activités dommageables s'intensifient, les avantages en matière de conservation - y compris l'amélioration du fonctionnement et de la résilience des écosystèmes - s'amenuisent.

Les AMP qui sont entièrement ou fortement protégées (ne permettant aucune activité extractive ou destructrice ou une pêche artisanale limitée) obtiennent les plus grands bénéfices pour la biodiversité dans le temps.7 De nombreuses recherches montrent que les grandes zones protégées bien gérées augmentent la taille moyenne et l'abondance des poissons et améliorent la biodiversité si ces zones bénéficient de protections juridiques solides, d'un leadership local, d'un financement à long terme et d'une mise en œuvre efficace.8  

Un requin soyeux évolue dans les eaux du parc national de Revillagigedo, la plus grande réserve marine entièrement protégée du Mexique. Les études montrent que les zones entièrement protégées apportent plus d'avantages aux espèces et aux habitats que les zones moins protégées.
François Baelen Ocean Image Bank

Améliorer la pêche

Les populations de poissons qui prospèrent dans les zones protégées restent rarement à l'intérieur de ces limites. Des études ont démontré que cet effet de débordement peut soutenir ou augmenter les prises dans les pêcheries voisines,9 entraîner une augmentation de la biomasse des poissons et contribuer à la reconstitution des espèces prédatrices.10 En particulier, une étude approfondie réalisée en 2017 a révélé que la biomasse des poissons dans les AMP sans prélèvement est, en moyenne, supérieure de 670 % à celle des zones adjacentes non protégées et de 343 % à celle des AMP partiellement protégées.11

Les AMP peuvent également être conçues à la fois pour aider la vie marine à prospérer et pour soutenir la pêche. Par exemple, le territoire britannique d'outre-mer de Tristan da Cunha a désigné environ 90 % de ses eaux comme zone de protection marine sans pêche. Le gouvernement a également mis en réserve des zones où la pêche au homard, économiquement vitale et certifiée par le Marine Stewardship Council, peut continuer à être pratiquée de manière durable. Cette approche permet une conservation marine à grande échelle tout en sécurisant une pêche qui représente 80 % de l'économie locale.12

Les mesures de conservation marine de Tristan da Cunha limitent la pêche dans environ 90 % de ses eaux, mais elles comprennent également des zones où la langouste, principale source de revenus de l'île, peut être pêchée de manière durable.
Katie Davis Birdlife

De même, en créant l'AMP des îles Pitcairn, l'une des plus grandes au monde, ce gouvernement a désigné 99,5 % de ses eaux comme zone interdite à la pêche. Cette protection étendue permet de préserver une biodiversité marine unique, comprenant plus de 1 200 espèces de mammifères, d'oiseaux marins et de poissons. L'AMP, située dans l'océan Pacifique, à peu près à mi-chemin entre le Chili et la Nouvelle-Zélande, comprend également de petites zones autour de l'île habitée où les résidents peuvent pratiquer une pêche artisanale limitée avec de petites embarcations ouvertes utilisant des lignes à main et des pierres en guise de poids. Cela permet à la communauté locale de préserver ses pratiques de pêche traditionnelles et d'assurer sa sécurité alimentaire sans nuire à l'environnement marin au sens large.

Le Chili a également créé une AMP à grande échelle, l'aire marine protégée côtière à usage multiple de Rapa Nui, afin de limiter les menaces liées à la pêche industrielle, à l'exploitation minière et à d'autres activités extractives dans les eaux entourant cette île isolée du Pacifique. La zone protégée de 740 000 kilomètres carrés (286 000 miles carrés) autorise également les pratiques de pêche artisanale. Ces eaux abritent au moins 142 espèces qui ne se trouvent nulle part ailleurs et constituent d'importantes zones de frai pour de nombreuses espèces migratrices, telles que le thon, le marlin et l'espadon.

Préserver la connectivité

La prospérité des océans dépend de ce que les scientifiques appellent la « connectivité écologique », c'est-àdire un réseau routier dynamique pour la vie marine. Ce réseau complexe permet la circulation ininterrompue de la faune, de la flore, des nutriments et même de l'énergie dans le vaste environnement océanique. La santé des océans dépend de ces liens complexes.13

Diverses espèces animales, dont les baleines, les requins et les tortues, migrent sur des milliers de kilomètres, parcourant les océans pour se nourrir, se reproduire, frayer et arriver à maturité. Des études réalisées sur la tortue luth, l'éléphant de mer du nord, le requin-saumon et le requin blanc révèlent que ces espèces retournent régulièrement vers des zones spécifiques.14 En outre, une récente étude mondiale qui a suivi plus de 100 espèces de mégafaune hautement migratoires, dont des requins, des phoques, des baleines et des tortues, a révélé qu'environ 75 % de ces animaux passaient par des zones de pêche active au cours de leurs déplacements.15 

Une protection efficace des zones où les grandes espèces migratrices se rassemblent, se reproduisent ou frayent peut contribuer à assurer la prospérité de ces espèces à l'avenir.16 Ces mesures de protection viendraient compléter les mesures existantes, telles que celles qui protègent les principaux habitats pour l'alimentation des oiseaux migrateurs et les plages de nidification des tortues marines.17 Les AMP sont plus efficaces pour soutenir la biodiversité lorsqu'elles sont interconnectées ou englobent plusieurs écosystèmes, tels que les herbiers marins et la haute mer, car ces corridors connectés s'étendent souvent au-delà des frontières nationales.18

C'est l'une des raisons pour lesquelles la Colombie, le Costa Rica, l'Équateur et le Panama ont convenu en 2004 de créer le Corridor marin du Pacifique tropical oriental (CMAR), un partenariat régional de conservation visant à protéger les espèces migratrices, à coordonner les efforts de contrôle et d'application des réglementations de la pêche et à promouvoir l'utilisation durable des ressources marines et côtières. Ce partenariat a débouché sur un engagement commun, en 2021, de créer une réserve marine transfrontalière de 500 000 kilomètres carrés (193 000 miles carrés) comprenant les corridors sous-marins qui relient les zones protégées de chacun des pays, telles que les îles Galápagos de l'Équateur et l'île Cocos du Costa Rica. Toute la région abrite des habitats essentiels pour les baleines, les thons, les raies, les tortues de mer et les oiseaux, ainsi que les plus grandes concentrations de requins au monde.19

Garantir des avantages économiques à la population

Les AMP qui répondent aux critères ci-dessus et qui sont développées dans le cadre de processus équitables et socialement inclusifs sont les plus susceptibles de produire des avantages économiques à long terme.20 Ces avantages directs et indirects peuvent inclure le tourisme, la pêche, les services écosystémiques et le développement économique au sens large.

Les AMP peuvent dynamiser le tourisme de manière significative en préservant des écosystèmes marins sains et riches en biodiversité et en attirant des visiteurs pour pratiquer des activités telles que la plongée, le snorkeling et l'observation des baleines.

Les exemples sont nombreux : dans la réserve marine des Galápagos, le tourisme marin génère plus de 200 millions de dollars par an pour l'économie locale. La plongée avec les requins aux Bahamas rapporte plus de 100 millions de dollars par an. Dans le parc marin de la Grande Barrière de Corail, en Australie, les recettes du tourisme dépassent les 4 milliards de dollars par an.21

Au-delà des activités économiques directes telles que le tourisme et la pêche, les AMP jouent un rôle crucial dans le maintien ou l'amélioration d'un large éventail de services écosystémiques, c'est-à-dire les bénéfices que l'homme tire de l'environnement naturel. La protection des côtes est l'un des services écosystémiques les plus importants rendus par les AMP. Par exemple, les récifs coralliens, les mangroves, les herbiers marins et les zones humides agissent comme des brise-lames naturels, absorbant l'énergie des vagues, réduisant l'érosion côtière et atténuant les inondations causées par les ondes de tempête et l'élévation du niveau de la mer.

Une étude a estimé que la protection des récifs coralliens en eaux peu profondes peut à elle seule permettre aux pays du monde entier d'économiser 4,3 milliards de dollars en termes de protection contre les inondations.22 Aux États-Unis, l'U.S. Geological Survey a estimé que les récifs coralliens fournissaient chaque année des services de protection contre les inondations à hauteur de 1,8 milliard de dollars.23 Des études révèlent également que les mangroves agissent comme une protection contre les inondations estimée à 855 milliards de dollars par an au niveau mondial et que les services écosystémiques des herbiers marins des Caraïbes valent plus de 250 milliards de dollars par an.24 

Les résultats économiques varient considérablement d'une AMP à l'autre et dépendent de nombreux facteurs, notamment du lieu, de la qualité de la gestion, de l'implication des communautés et des conditions économiques locales.

Renforcer la résilience climatique

De plus en plus d'études scientifiques montrent que les AMP bénéficiant d'une protection élevée et complète, et englobant des écosystèmes côtiers offrent des avantages significatifs pour la résilience climatique, ainsi que pour la protection et l'atténuation des impacts sur les côtes, ce qui implique l'élimination et le stockage à long terme du carbone.25

En outre, en sauvegardant les zones essentielles de frai et de mise bas, les espaces côtiers protégés peuvent augmenter le nombre et la taille des organismes marins, ainsi que le nombre de jeunes qui naissent et parviennent à rejoindre le groupe.26 Cela permet d'améliorer la diversité génétique, puisque les populations d'espèces sont alors plus résistantes aux changements environnementaux, et de renforcer la sécurité alimentaire au niveau local. Les écosystèmes intacts, notamment les récifs coralliens et ostréicoles, les herbiers marins, les zones humides et les mangroves, protègent également les communautés côtières contre les phénomènes météorologiques extrêmes, l'élévation du niveau de la mer et l'érosion.27 Il est donc essentiel de préserver ces habitats des menaces telles que la surexploitation, le dragage et le développement côtier.

La Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) reconnaît le potentiel d'atténuation du changement climatique des mangroves, des marais salants et des herbiers marins en raison de leur capacité à piéger le carbone et à protéger les littoraux et les communautés. Ainsi, afin de contribuer à l'atteinte des objectifs de réduction des émissions, un nombre croissant de gouvernements incluent ces habitats dans leurs contributions déterminées au niveau national (CDN) à l'Accord de Paris - ce qui est acceptable en vertu de l'accord si les gouvernements peuvent vérifier la séquestration du carbone par ces écosystèmes et réussissent à surveiller et à gérer ces zones.28

Il est également prouvé que les AMP bien protégées peuvent renforcer la résilience des écosystèmes pélagiques, ce qui peut entraîner une augmentation du nombre et de la taille des poissons et des invertébrés, ainsi que du nombre de jeunes. Les vastes AMP qui englobent plusieurs habitats, ou les réseaux d'AMP qui protègent les routes migratoires et les habitats clés, garantissent en outre que la vie marine adulte et les larves peuvent se déplacer sans être menacées par l'homme.29 Grâce à ce flux, l'ensemble de l'écosystème océanique est plus résistant aux changements, y compris aux périodes où les espèces modifient leur aire de répartition.

Une orque émerge des eaux abondantes et glacées de la mer de Ross, en Antarctique, où se trouve la plus grande AMP entièrement protégée au monde.
Jaime Ramos NSF

Conclusion

Alors que les gouvernements s'efforcent d'atteindre une protection à la hauteur de l'objectif « 30 x 30 » tout en gérant de manière responsable le reste de l'océan, les données scientifiques sont claires : les AMP à grande échelle, hautement protégées et gérées efficacement offrent des bénéfices significatifs à la nature et à l'homme. Ces espaces contribuent efficacement à dynamiser la biodiversité des océans, à soutenir la pêche et à renforcer les économies qui en dépendent.

Conscient que la conservation durable passe par une gouvernance équitable, le Pew Bertarelli Ocean Legacy travaille en collaboration avec les gouvernements, les communautés autochtones et locales, les scientifiques et d'autres partenaires pour créer, étendre et gérer efficacement les AMP dans le monde entier, afin d'affronter les graves menaces qui pèsent sur nos océans. Face à de multiples menaces, les AMP à grande échelle gérées efficacement constituent un outil essentiel pour assurer la santé des océans.

Notes de fin

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  7. Kirsten Grorud-Colvert et al., “The MPA Guide.”
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